“Avec la peinture on peut change un arbre dans une idee” – Jean Dubuffet
Francois Felten ( ne a Clervaux, en 1948; il a suivi des cours de peinture a Bruxelles et de dessin a Luxembourg ) installe la peinture dans le royaume du fantastique, en anticipant aussi une philosophie artistique qui n’a rien a faire avec la pastiche et les motifs soi-disant ,, troublantes ’’ . On devient ce qu’on est . Un jour , on se retrouve .

Francois Felten sait comment on peut maitriser un teritoire, notamment quand il s’agit de la peinture. Ses toiles font parties d’une certaine poetique de l’espace et aussi de reve, dans le sens bachelardien. Il semble que les couleurs vifs, parfois sauvages (v. ici la reinterpretation des mythes, des symboles religieux des oeuvres des anciens maitres, comme Michelangelo, Leonardo da Vinci ou Caravaggio ) racontent la volonte – meme d’une personnalite assez contradictoire, entre les puissances de la lumiere et de l’ombre.
Il a comme disait Sainte-Beuve autrefois, sa qualite maitresse : la ferveur du discours cromatique . Sans etre prisonnier a la rigueur des formes classicisants, l’artiste devoile une vision toute a fait particuliere, fruit d’une certaine nostalgie du temps qui s’ecoule, proche d’un Chagall , ou meme d’un Chirico, avec un sorte d’eclat de la matiere , preservant la nature intime des choses.
Francois Felten a – a travers le temps et l’experience – le souci d’un orfevre pour preserve le detail, pour le mirage toujours frais de la couleur ( un melange ardente de rouge, jaune, orange, noir ,bleu ou vert ) et peut-etre, pour une interpretation, presque surrealiste de l’existence.
Il est surtout un portraitiste des etats d’ame, convenant bien a son exprit poetique et meditatif. Le choix des sugets devoile une propension vers l’evocation nostalgique et aussi vers la creation d’un jardin singuliere, anime et habitee par des personnages presque totalement inconnues, comme dans un recueil de Saint-John Perse .
Convaincu par la force de la ligne et de la couleur l’artiste interprete avec desinvolture une partiture souvent moderne, proche du pictural, sur la structure d’un dessin robuste, plein d’energie, dans ses expressions techniques , precisement adaptees au procede choisi.
Ses compositions n’ont pas du nom, elles font partie d’un univers cache de l’artiste, un espace traite avec une lumiere ,, sortie “ d’un terre oubliee , nommee sagesse .
Les oeuvres de Felten portent un dialogue invisible avec celles de son collegue roumain, le sculpteur Titi Ceara, lui aussi un createur singulier dans le paysage de la sculpture roumaine contemporaine ( specialement en bois, avec un presence constante aux differents expositions nationales et etrangeres ). L’ important , ce ne sont pas les instruments engages dans le recit , c’est la musique interieure…
Pour Francois Felten, la peinture n’est pas un simple vol de nuit de sa sensibilite, n’est pas un caprice du destin. C’est de la vocation, aide par une maniere de maitriser l’image; une maniere mysterieuse et a la fois fascinante , qui conviennent a sa sensibilite et a sa conscience.
Pour lui l’ innocence signifie la liaison perpetuelle avec le spectacle du monde et de ses inquietudes . Elle est toujours presente au secours du reel. On trouve ici une emotion presque invisible , d’autant plus forte qu’elle a ete contenue . C’est comme un cri dans le silence ménage, dompte par un style juste, qui n’a pas besoin de justifier .
On garde souvent l’empreinte des choses qui s’achevent . Surtout dans l’esprit d’un artiste subtil , et profondement touchant .
Le demarche visuel est important pour la meilleure connaissance d’un artiste fougueux , un surprenant romancier de l’ame d’un siecle assez orageux et quelque fois meprisable …
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Pour Francois Felten la vie n’est qu’un infatigable journal intime. Un journal en couleurs, qui porte ses joies et ses inquietudes et exprime avec une brulante lucidite ce “moi” beni par la main de la Providence .
Retrospectivement, les personages de sa peinture se livrent aux yeux de l’ennui et de la “gloire des reves”, de la bonheure et du vertige, dans un discours qui n’empeche jamais le surgissement fulgurant de la poesie.
L’artiste demultiplie sourtout les voies de la conscience: refusant l’analyse et le systeme, il veut decouvrir l’essence meme des choses, cette dimension cachee de la connaissance humaine. Il met au jour les experiences de cette singuliere aventure . Francois Felten nous livre – avec cette melancolie qui est la sienne, a travers ses oeuvres – une conte intelligente et percutante sur notre temps. Un tableau vivant sur ses charmes.
Il passe d’un theme a l’autre avec une fluidite et une desinvolture etonnantes. Apparement, il perd le fil du recit et puis le retrouve a la faveur d’un aphorisme visuel ou d’un trait d’esprit. Car, ce que Felten aime surtout, c’est mener son spectateur en “bateau” pour assister au spectacle de sa propre memoire. Tout cela, naturellement, est une facon de se proteger.
Sa peinture c’est de la devotion a une eternelle jeunesse. Faut-il ajouter qu’elle affecte aussi le visiteur ?
Sans retenue, il faut se laisser porter par cette eblouisante quete qui eclaire d’une lumiere inedite et somptuese toute son oeuvre a venire.
Sa presence a Bucarest est plus qu’un evenement , c’est un temoignage .
Armand Steriadi